Après quatre ouragans en trois semaines, Haïti est une nouvelle fois enterrée sous la boue, aux prises avec une inondation mortelle qui a du mal à se résorber.
Chacun a pu se lamenter sur les dégâts que la presse a étalés pendant une bonne semaine. Puis oublier. Mais il est vrai, que peut-on ajouter ? La désolation qui recouvre le pays ne peut se raconter. Au-delà des images, dont certaines sont insoutenables, le désespoir, le sentiment de malédiction attachée à Haïti sont omniprésents.
Mais il faut les aimer aussi, pour leur permettre de retrouver cette dignité, perdue en même temps que le reste, de recomposer des familles que la mort a brisées, de réapprendre les valeurs de citoyenneté mises à mal par le banditisme. C’est un long travail, la faim tenace est mauvaise conseillère.
A tous ceux qui ont répondu à l’appel « Haïti sous les cyclones », collecte organisée par l’Association Riou, un grand merci. Voici la réponse du Père Maurice à l’annonce d’un envoi de fonds :
Car cette fois la Tortue aussi a été touchée. Beaucoup de tôles arrachées, bananeraies détruites, bétail noyé, voiliers drossés contre les récifs.
Francine Fritel
Retour au sommaireNotre amie Françoise Vaillaud n’est plus, emportée soudain, en pleine activité, au mois de mars.
Sur un coup de foudre pour Haïti, il y a 25 ans, elle y bâtit son Ecole Plein Soleil, destinée aux enfants des bidonvilles. Elle la finançait par la vente en France d’un artisanat choisi qu’elle ramenait de ses séjours là-bas. Et maintenant, les enfants se sentent orphelins. Ses amis aussi.
Michel Vaillaud, son mari, continue à gérer l’école, tout à la fois tuteur et éducateur, déployant son autorité paternelle. Sur place au moment des cyclones, c’est avec humour qu’il évoque son déplacement en ville en plein chaos, le 12 septembre :
Contrairement à mes craintes, les programmes d'aide alimentaire aux écoles se poursuivent et j'ai été chercher deux mois de provisions pour l'école ce matin.
Ouf !!
Un peu homérique, car l'activité dans le bas de la ville, près du port était forte et j'ai été pris dans un de ces embouteillages dont ils ont le secret avec 5 semi remorques porte container bien coincées, plus 2 camions citerne d'eau et 50 taptaps englués comme un bon ciment, chacun avançant... et moi aussi !
Ai mis 3/4 d'heure en progressant cm par cm pour en sortir, un peu inquiet d'avoir 25 sacs de 50 kg de nourriture en pleine vue dans le pickup avec comme toute défense le pauvre gardien de l'école assis dessus, au milieu de cette caverne de voleurs !
Une quarantaine de ponts auraient été emportés dans le pays, isolant bien des centres.
Tous les témoignages montrent que la vie n’y est pas facile : la boue omniprésente, des tonnes de fatras, des eaux stagnantes et puantes…
Le Père Maurice se réjouit de ce que la rentrée des classes ait été retardée jusqu’en octobre, autant d’économie sur le salaire des professeurs. Son école « la Providence », que nous avons visitée dernièrement, utilise au mieux les améliorations d’agrandissement. Les enfants bien soignés et nourris étaient tout sourire.
Aux yeux des bons habitants d’Haïti, la Tortue n’offre pas d’attraits. Très peu d’entre eux la connaissent, et ne le souhaitent d’ailleurs pas. « Il faut être un peu fou pour aller là-bas » pensent-ils. L’administration ne se montre guère intéressée non plus. Parent pauvre, la petite île n’a aucune structure.
Heureusement pour les Tortugais, certains ont maintenant des « parents riches », ceux qui ont pu atterrir en Floride, boat people chanceux ou voyageurs munis de vrais – ou faux – papiers.
D’année en année, on voit fleurir de belles maisons au look américain, entourées de hauts murs, au milieu de petites cases traditionnelles, et l’écart se creuse davantage entre les uns et les autres.
Une amie, Dominique Zorn, m’a accompagnée. C’était sa première visite à l’île. Un peu surprise du « portage à bras » pour arriver jusqu’au bateau, ainsi que du remplissage à ras bord des passagers surchargés de colis et de volaille, mais séduite par la gentillesse ambiante.
En Haïti, il faut beaucoup de patience pour mener à terme un projet.
A la Tortue, c’est une patience infinie qui est nécessaire.
Vous voyez, les choses avancent, mais le déroulement peut sembler stationnaire : une situation assez complexe de responsabilités entrecroisées et mal définies entre le Diocèse, l’Hôpital, et le Ministère de la Santé retarde les précisions de notre projet.
Un ingénieur est venu en mai établir un plan et préparer un devis, ce qui ne devait pas prendre plus de quelques semaines… Monsieur Guy Rivière, à travers la Fondation de la Sogebank a bien voulu se charger d’être le « superviseur » auprès des diverses instances, d’en préciser le rôle, et de permettre de réaliser dans de bonnes conditions la construction de la Maternité.
Nous avons la chance d’être entourés de personnes très motivées et compétentes, atouts précieux. Mais, suite aux cyclones, la demande de matériel va être très forte partout, les prix grimpent déjà et les délais risquent de s’allonger.
Restant en étroit contact avec chacun, nous espérons dans le prochain bulletin pouvoir apporter une note tout à fait positive. Car la visite de l’Hôpital et de sa maternité existante montre la nécessité urgente d’une rénovation. Pas d’électricité depuis des mois, et pas d’eau courante. Une seule table d’accouchement, (les deux autres n’étant qu’un amas de rouille inutilisées), compose tout le matériel de la grande salle. Deux jeunes mamans se reposent sur un lit avec leur bébé emmailloté, elles sont là depuis 3 jours.
La « miss » explique calmement que l’on ne garde les femmes qu’une journée, mais celles-ci ne payant pas les frais, ne peuvent repartir.
Le coût d’un accouchement sans complication revient à 6 €. En en payant seulement la moitié, elles seraient libres. Cet argent servant à payer le petit personnel de l’Hôpital, il faut bien qu’elles participent. En attendant une solution, la famille est là qui s’occupe complètement de l’accouchée, toilette (elle va chercher de l’eau à la fontaine), cuisine et repas. Les journées semblent longues, mais c’est sûrement un temps de repos que ces femmes ne trouveraient pas chez elles, environnées de marmaille.
Comme nous l’avons fait pendant longtemps, la très dynamique association l’Appel finance maintenant la construction de citernes d’eau de pluie, avec l’appui d’entreprises généreuses, comme Pernod Ricard. Nous avons donc reporté notre soutien à notre ami Idescieux pour la réfection de routes à hauts risques qui tiennent davantage de l’amoncellement de passages rocheux.
L’Appel soutient également une dizaine d’écoles réparties dans toute l’île qui en compte 40. Son président, Hubert Chegaray se préoccupe de l’avenir des adolescents à la Tortue :
Sur l’île, 8.000 enfants sont en âge scolaire.
Le budget de fonctionnement des écoles, assuré exclusivement par les parents, est de 25 € par an et par enfant, affecté au salaire des maîtres. En cas de défaillance des familles, les enfants sont renvoyés en cours d’année. Il est alors rare que les parents envoient à nouveau l’enfant à l’école l’année suivante. Selon une enquête, 1 enfant sur 4 ne va pas à l’école.
A la sortie du cycle primaire, la majorité d’entre eux abandonne la poursuite de leur scolarité, faute de moyens pour les familles d’envoyer leurs enfants sur la grande île.
Les ados ne veulent plus exercer les métiers d’agriculteur, de pêcheur ou d’ouvrier de chantier naval, et rêvent d’un « eldorado » ailleurs, fascinés par la vitrine de notre civilisation de consommation. Sans qualification professionnelle, ils viennent grossir les rangs des pauvres.
En dépit de responsables actifs et courageux les moyens sont insuffisants, et l’aide internationale peine à arriver sur le terrain.
Rencontre inopinée avec un vieil habitant, contemporain de Roger Riou.
Quelle joie sur son visage en apprenant que nous étions deux à l’avoir bien connu ! Il a tenu à être pris en photo, lui-même brandissant la photo du père. « C’est le plus beau jour de ma semaine », s’exclame-t-il avec ses remerciements !
Nouveauté funéraire dernier cri, déclinée dans toutes les teintes, découverte chez un entrepreneur habile.
Essayant de connaître la finalité spirituelle de son invention, il m’a répondu avec un large sourire que cela attirait le chaland et lui remplissait les poches.
Dans son livre « Bicentenaire » le poète haïtien Lionel Trouillot écrivait :
Cet été, Élodie, Laure, et moi, étudiantes de 22 et 23 ans, sommes parties à Antsampanana, petit village à l’Est de Madagascar.
À la demande des habitants, nous venons pour enseigner le français. En vue de faciliter le contact avec les enfants, nous avons décidé de monter avec eux un spectacle de marionnettes.
Qui dit marionnettes dit décor.
Qui dit décor, dit draps, pinceaux, et tubes de couleurs.
En partie rassemblé en France,
en partie acheté sur place, nous nous procurons le matériel nécessaire, et nous nous lançons.
Quelle découverte inattendue et magique pour nos petits élèves, de mélanger le bleu et le jaune, et de voir apparaître du vert !
Je vous propose, le temps d’un article, de mélanger à votre tour les gouaches de ce pays si pittoresque. La palette est infinie pour décrire notre expérience.
Au sein d’une communauté dont la couleur de peau joue sur la gamme du beige clair au brun foncé, en passant par le jaune et le cuivré, nous vivons les tons les plus chauds.
Jaune de la joie des tout petits, lorsqu’ils chantent « Dansons la capucine », avec leur accent tellement craquant.
Nous rencontrons aussi des couleurs froides.
Au final, ce passage dans un monde si différent du nôtre est un éblouissement.
Nous sommes tellement émues des liens noués avec les villageois, dont nous partageons la vie quotidienne, toute simple.
Lorsque nous allons à l’école le matin, les enfants courent vers nous en criant et en riant.
Nous sommes impressionnées de leur vivacité, des progrès qu’ils réalisent en si peu de temps.
Certains enfants suivent tous les cours, de ceux des maternelles, à 8h30 le matin, aux cours du soir, jusqu’à 19h30, pour les adultes !
Nous sommes profondément touchées de la générosité avec laquelle les villageois nous accueillent. En toute occasion ils nous manifestent leur reconnaissance : le fait que nous quittions notre confort pour venir les aider en bénévoles, que nous nous intéressions à eux, analphabètes et simples paysans, leur va droit au cœur. Le jour du départ nos sacs débordent de cadeaux pour nous et notre famille. Nous avons bien du mal à monter dans le taxi-brousse qui nous ramène vers Tana !
Heureusement notre projet se poursuit cette année, grâce à l’implication de l’école de Dupanloup, à Boulogne. Après avoir écrit des histoires et rassemblé des livres pour l’école d’Antsampanana, les 6ème ont décidé de poursuivre leur parrainage d’année en année. Merci à leur enthousiasme !
Nous remercions aussi la mairie de Paris. Nous remercions tous ceux qui ont contribué à notre projet. Et bien sûr nous remercions Francine Fritel, présidente de l’Association Roger Riou, sans qui ce projet n’aurait pas existé.
Si vous voulez en savoir plus sur notre réalisation, vous pouvez consulter notre blog. Vous y trouverez des articles, des photos, ainsi que nos coordonnées. N’hésitez pas à nous contacter, si vous souhaitez vous impliquer. Nous serons ravies de vous suggérer des idées !
Élodie, Laure et Clémentine
Retour au sommaireSuite au décès accidentel de Monsieur Luc Join-Lambert, à la Direction de Gaz de France, sa famille et ses amis ont tenu à faire un don à l’Association Roger Riou. Nous leur renouvelons ici nos remerciements pour leur générosité.
Ce don va être attribué aux secours urgents en Haïti.
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